358 - Les Chemins qui ne mènent nulle part (8)*
Chapitre 8 :
Le goût
Les yeux de A. plongèrent en M. jusqu’à son cœur.
Il s’accroupit à ses pieds prenant soin d’écarter les derniers débris de verre et posa ses lèvres sur la petite plaie qui suintait. Il avait
les yeux fermés et son visage incliné sur les genoux de sa maîtresse semblait vouloir se noyer dans son parfum jusqu’à l’asphyxie de ses sens. Il sentit sur ses papilles et dans toute la voûte de
son palais, se développer un goût étrange, nouveau et voluptueux, assez proche de celui d’un vin de Bourgogne, tannique et masculin : le goût de la vie.
Et tout près, derrière la double paroi lunaire de ses seins, il entendait
son cœur battre.
A. n’aspira pas la blessure mais, garda la main endolorie de M. dans la sienne et ses lèvres
et l’extrémité ultime de sa langue, pressées sur la coupure dans une sorte de baiser doux et prolongé. Elles ne la quittèrent que quand le sang ne coula plus et il conserva encore longtemps un
regard hypnotique sur la petite fente rose afin de s’en assurer.
Les pleurs de M. s’étaient calmés.
Une autre blessure attendait A.
Copyright © Arthémisia - avril 2007
Illustration :
Isabelle BONJEAN
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