357 - Les Chemins qui ne mènent nulle part (7)*
Chapitre 7 :
La coupure
Dans la bouche de M. se déploya soudain un désert. La douleur y prenait
la forme d’un sable fin et cauteleux qui glissait insidieusement sur sa langue. Sans pour autant satisfaire la soif de M. dans le noir de la chambre, le glou-glou qui provenait de la salle de
bains, prenait une amplitude étonnamment rayonnante, douloureuse dans sa tête et contrairement à toutes attentes, il la tarissait.
Un verre d’eau tiède traînait sur la table de nuit. Elle tendit la main
pour s’en emparer.
Fut-ce son trouble, l’absence quasi-totale de lumière, ou plus étrangement la fatalité sombre d’un mauvais jour à venir, son tâtonnement
aveugle ne réussit qu’à faire tomber le verre qui se fracassa sur le carrelage froid.
Elle lâcha un gros mot.
A. surgit presque aussitôt.
Son corps nu, tout ruisselant, dégoulinait sur le parquet, et sa peau mercurielle, irradiait d’un éclat métallique dans l’entrebâillement de
la porte. Il aurait pu tourner dans un film de science-fiction.
Sur la main de M. progressait doucement un fin ruisseau rouge. Elle s’était coupée en ramassant les morceaux de verre.
Elle pleurait, naufragée de sa nuit, assise au bord du lit.
Copyright © Arthémisia - avril 2007
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