605 - Invagination
Le flou fiance les couleurs. La caresse de l’ivoire noir poudroie sur
l’iris, comme un crêpe.
L’éteignoir s’incline sur la guerre.
On perçoit à peine un froufroutement, celui d’un jupon, d’un
volant, guère plus.
Puis le silence soudain, aimant, aimé, amant, appelle au
recueillement.
Le recueillement, vous dis-je ! Alors elle cueille. Elle en prend des
brassées, des gerbes, des champs entiers. Elle met ses mots à nu, elle met sa terre à nu. La nuit est de moissons.
Elle caresse, elle gratte, elle griffe, grise, cisèle, barbote,
rabote. Elle joue.
Elle contourne. Elle plonge.
Désormais le ciel peut se perdre en lui-même, invaginal. Elle se
perd avec lui.
Elle écrit. Le crayon entre en génuflexion. Il encense le
papier.
Et tant pis si personne ne la lit.
Elle a déjà joui.
Copyright © Arthémisia – mars 2008
Illustration : Cy TWOMBLY - Three notes from Salalah
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