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1542 - Un Blog

Publié le par Arthémisia

 

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Elle a laissé la maison, l’espace, le ballet possible, et le jardin aux fruits juteux.

Tant pis ! Elle a volé des graines. De belles de nuit, qu’elle a mises dans un pot. Mais est-ce que les belles de nuit fleurissent en pot dans les appartements sans terrasse?

 

Elle a laissé les petites cuillères en argent. Les assiettes de chez Raynaud, les verres de Daum.

De toute façon elle n’aurait pas la place pour les ranger : elle a laissé l’armoire, le buffet, la table ronde et les 6 chaises. Ils ne rentraient pas dans ses 60m².

Pas grave : elle a gagné une ménagère en aluminium à la Redoute en achetant une paire de draps, parce que les autres aussi sont restés là-bas.

 

Elle a laissé le lit de chez Grange en fer forgé. Elle dort sur le vieux matelas, celui de trente trois ans. Un par vertèbre. Même les sacrées. Elles le lui rappellent.

 

Elle a laissé son nom. Quoi qu'il en soit,  elle l’avait perdu depuis longtemps. Il n’est pas rattrapable. Sauf à y laisser sa vie. Je veux dire sa survie : il faut se remplir le ventre.

C’est con quand même : c’est drôlement symbolique. Et il y a des symboles qui pèsent plus que le plomb.

 

Elle a laissé ses enfants. Ils sont grands. Ils vivent leur vie avant de pouvoir la vivre ailleurs. Ils sont là, quand même, derrière la cicatrice qu’ils ont tracée au milieu de son ventre. Elle les entend parfois crier « Maman ». Alors elle les caresse.

 

Elle a juste emporté les livres, les tableaux, les pinceaux.  Ils étaient tous à elle. Ce n’est pas que ce soit vraiment rassurant mais ça occupe l’œil. Et l’âme.

 

Pour le blog, c’est peut-être juste un peu pareil.

 

© Arthémisia – nov 2011


Avec : dessin piqué 

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tilk 08/11/2011 00:18



et elle est belle ta fleur...


besos


tilk



Arthémisia 08/11/2011 06:16



Elle pousse avec difficulté...



Christophe 07/11/2011 22:41



C'est émouvant. J'ai connu aussi... C'est souvent douloureux mais il ne faut pas oublier qu'on y gagne quelque chose d'essentiel : sa liberté. Et puis on se dépouille de choses dont on s'aperçoit
qu'elles sont si futiles (comme dit Souchon : "on voudrait nous faire croire/ que le bonheur c'est d'avoir...") : le jour où l'on part on sait. L'essentiel : ses livres préférés, des photos : le
principal. Et surtout, on sauve son âme ! Parce qu'on a refusé de la vendre, de se vendre, on a refusé les compromissions, les faux espoirs, les tergiversations, on tourne la page, on accouche de
soi ; on prend le risque de se retrouver seul(e) avec soi... et ça c'est un commencement !


(La 3ème personne c'et bien : c'est une pudeur, plus qu'un vrai détachement, une stratégie de défense aussi (ne pas se laisser vaincre par l'émotion)


Tu ne pleures pas : tu es plus fort(e)


Tu pleures : tu es toujours vivant(e)



Arthémisia 07/11/2011 22:49



Merci de TES mots qui me parlent bien. Ceci même si aucune histoire n'est la même qu'une autre. Je n'ai pas gagné ma liberté. Ce n'est pas ce que je cherchais.  J'ai gagné la paix ; Une
forme de paix. Fragile. Pour le moment.


Et le droit d'être moi, ou du moins d'essayer.


La solitude est qq. chose que je connais depuis très très longtemps. Depuis ce très très longtemps je ne pleure plus. Depuis très très longtemps je suis née.


Personne, personne ne pourra me tuer.


 


Sauf moi. La mort ne me fait pas peur.



Cédric 07/11/2011 22:12



 


Le bien, c'est le regard et les mots qu'on pose sur ce qu'on a fait et sur ce qu'on fait.


Bien faire, c'est bien voir ce qu'on a fait, quoi qu'on ait fait.


C'est prendre conscience que l'instant présent est toujours intact.



Arthémisia 07/11/2011 22:45



Ta réflexion m'incite à me dire que le bien c'est ce qui est mieux que le moins bien. Ce n'est pas grandiloquent comme pensée, mais j'aime cette sensation rassurante de petit progrès, l'élévation
sur une modeste échelle de valeurs personnelle. Et oui, il y a du voir, du percevoir, de la conscience dans cette notion.



Cédric 07/11/2011 21:40



Elle a bien fait.



Arthémisia 07/11/2011 21:50



Qu'est-ce qui fait le "bien"?



monik 07/11/2011 19:35



Refermer une porte, en entrouvrir une autre ou franchement ouvrir cette porte qui nous attire depuis un moment. Quelque chose nous guide ou nous pousse et nous passons notre vie à ça... à petits
pas ou en grand coup de vent.



Arthémisia 07/11/2011 21:49



....Tous ces petits moments magiques
De notre existence
Qu'on met dans des sacs plastique
Et puisqu'on balance,
Tout ce gaspi de nos coeurs qui battent,
Tous ces morceaux de nous qui partent,
Y'en avait plein le réservoir
Au départ.
On avance, on avance, on avance.
C'est une évidence :
On a pas assez d'essence
Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance.


 


Souchon



saravati 07/11/2011 15:14



On n'est jamais tout-à-fait démuni quand on garde quelque chose à aimer passionnément !


Ce texte est très beau.



Arthémisia 07/11/2011 17:16



Réflexion presque sartrienne.


Bienvenue, Saravati!



Suzâme 07/11/2011 15:02



Le miroir lui résiste et persiste à l'exposer toute nue, "corps et âme", Elle, celle qui se cache et se révèle en chutes et en sursauts inlassables. Il me semble la reconnaître, Elle. Bisous.
Suzâme



Arthémisia 07/11/2011 17:13



Ma maison blog est un miroir (très bien vu, Suzâme!). Je m'y réfugie pour fuir le chaos extérieur.


Bises
A.



Ren 07/11/2011 12:56



Je me pose  des questions sur l'utilisation de  la 3è personne  (  je l'utilise aussi  parfois)...  comme  si on n'habitait pas  son corps, sa conscience,
mais être  spectateur  d'un autre qui correspondrait ( peut-être, mais en est-on
sûr) , à soi-même...



Arthémisia 07/11/2011 13:06



Il n'y a aucune sureté là-dedans.


Tout au plus des correspondances. A moins que ce ne soit un camouflé, une carapace, un refus de voir totalement.


Ou alors une volonté de construction extérieure qui peut être ne fait que rejoindre bêtement la pudeur? Une fausse pudeur.



Lucien 07/11/2011 09:45



La résilience, rebondir, ce qui est fait n'est plus à faire, avancer, reconstruire l'estime de soi, "je est un autre, l'autre, le blog comme miroir et comme une mise en abîme ? ... L'abîme, un
lieu symbole du manque, le manque pour désirer, décrocher les étoiles au delà ...



Arthémisia 07/11/2011 09:50



Nous y sommes!



tilk 07/11/2011 00:46



très très émouvant...


besos


tilk



Arthémisia 07/11/2011 09:49



Révéler son intime ce n'est que montrer à l'autre comment pousse la fleur.


Bises


A.